« Au cours des trois prochaines années, nous allons faire en sorte de jumeler 30 000 écoles grâce à l’Internet. »

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Établissements scolaires, Enseignement supérieur, Apprentissage et Societé
« Au cours des trois prochaines années, nous allons faire en sorte de jumeler 30 000 écoles grâce à l’Internet. »

Interview réalisé par David Segarra, directeur de contenus d'elearningeuropa.info

Le conseil de l’UE vient d’approuver le programme eLearning 2004-2006. Près de 44 millions d’euros seront consacrés à la promotion du jumelage entre écoles et au développement de campus virtuels et de l’alphabétisation numérique.

Maruja Gutiérrez Díaz est l’une des responsables directes de l’élaboration et du développement du programme eLearning 2004-2006. Dans cet entretien, la responsable de l’Unité multimédia au sein de la Direction générale de l’éducation et de la culture de la Commission européenne nous parle des actions qui seront entreprises et des résultats qu’elle en attend.

Le programme eLearning entrera en vigueur en janvier et devra jouer le rôle de catalyseur. Selon Maruja Gutiérrez, « la Commission européenne souhaite que les nouvelles technologies fassent partie du quotidien de l’éducation à tous les niveaux et nous devrons être très pragmatiques pour atteindre cet objectif ». Elle ajoute que « le programme eLearning ne va rien réinventer : il aura recours aux résultats de projets déjà réalisés pour les mettre à la portée de tous ».

Quelle sera la principale action du programme eLearning ?

Le jumelage entre écoles. La Commission européenne va consacrer environ la moitié du budget à cette action, soit 7 millions d’euros par an. Il s’agit d’un projet très ambitieux. Le jumelage entre écoles nous aidera à accentuer la dimension européenne de l’éducation. Nous voyons encore ici les avantages que présentent les nouvelles technologies en tant qu’élément de changement.

En quoi consiste le jumelage entre écoles ?

Il s’agit d’utiliser les technologies de l’information et de la communication afin d’établir des rapports de coopération entre établissements scolaires de différents pays. Notre objectif est de parvenir à ce qu’aucun enfant ne sorte de l’école sans avoir participé à un projet européen de ce type. Pour l’instant nous visons le jumelage entre 30000 établissements scolaires européens grâce à l’Internet avant 2007.

Comment seront abordés les problèmes de langue ?

D’après notre expérience, lorsqu’il y a de nombreux participants, une seule langue (presque toujours l’anglais) est utilisée. C’est la raison pour laquelle le jumelage scolaire sera possible dès l’existence de deux participants. Nous voulons ainsi favoriser l’utilisation du plus grand nombre de langues possibles, conformément aux efforts entrepris par la Commission européenne pour la promotion de la diversité linguistique et culturelle.

Concrètement, quelles seront les mesures appliquées dans le but de favoriser le jumelage ?

Étant donné la quantité d’établissements scolaires qui existent en Europe, il nous semble impossible de financer directement les écoles. Notre stratégie sera donc de fournir aux enseignants une série de ressources et d’outils. Nous sommes, tout d’abord, en train de préparer une liste d’exemples de jumelages intéressants qui puissent servir de source d’inspiration aux professeurs. Nous allons également élaborer une description détaillée des systèmes scolaires afin de faciliter la tâche aux enseignants à la recherche d’un établissement similaire dans un autre système éducatif. Nous travaillons également à la mise en place d’un moteur de recherche de participants. Toutes ces informations et les outils de jumelage seront accessibles sur un portail sur l’Internet.

De quelle manière la Commission européenne pense-t-elle diffuser cette initiative et favoriser la participation des écoles au programme ?

Nous demanderons aux associations européennes d’encourager ce genre d’expériences et nous ferons appel à la créativité des enseignants pour qu’ils développent des jumelages en tenant compte des caractéristiques de chaque établissement. Nous pensons qu’il pourrait en résulter des expériences pédagogiques fort intéressantes avec peu de moyens.

Quel est le calendrier prévu pour la mise en place du programme de jumelages ?

Une campagne d’information sera lancée au printemps 2004. Nous espérons que l’été venu, tous les établissements scolaires seront au courant de l’initiative et que les premiers jumelages auront lieu en septembre 2004. Nous étudions également la possibilité de créer un réseau d’enseignants pionniers, particulièrement dynamiques et expérimentés en la matière afin qu’ils aident et encouragent les autres.

Le second sujet phare du programme eLearning est le développement de campus universitaires virtuels.

Nous allons y consacrer 30 % du budget du programme. L’objectif est de favoriser la mobilité virtuelle au moyen des nouvelles technologies. Prenons un exemple très simple : pourquoi un jeune Danois apprenant le français ne pourrait-il pas participer à un cours donné dans une université française ou belge ? Pour que cela soit possible, nous allons aider une série d’universités à signer des accords d’échanges d’étudiants afin de développer des cours pilote en ligne. Le programme Erasmus est notre modèle de référence. Notre programme pourrait même éventuellement aider les étudiants Erasmus à ne pas perdre le contact avec leur université pendant leur séjour à l’étranger. Les TIC permettent aux étudiants de maintenir plus facilement les rapports avec le point d’origine, mais aussi, après leur retour, avec le pays visité, de telle sorte que les efforts et l’investissement que suppose un séjour à l’étranger deviennent plus rentables.

Existe-t-il encore des problèmes à résoudre dans ce domaine ?

La mise en pratique de ce programme présente certains problèmes, notamment celui des crédits. Le système européen de transfert de crédits prend peu en compte les matières virtuelles parce que le système d’évaluation du temps que l’étudiant y consacre n’a pas encore été défini. Il est également difficile d’évaluer les connaissances acquises en ligne et les examens virtuels ne sont pas encore acceptés. Nous avons encore de nombreux problèmes à résoudre. C’est la raison pour laquelle nous allons apporter notre soutien au développement d’expériences pilote qui nous aideront à trouver des solutions.

Le dernier grand axe du programme eLearning est l’alphabétisation numérique.

Le concept d’alphabétisation numérique est né au sommet européen de Lisbonne en 2000, lorsqu’on a constaté une carence en matière de personnel qualifié pour occuper les postes liés aux nouvelles technologies. Il est évident qu’il existe des carences à ce niveau. Parfois, ce problème a été analysé de manière très simpliste, comme s’il s’agissait uniquement d’apprendre à utiliser l’ordinateur et certains logiciels. C’est, en fait, un problème beaucoup plus vaste.

On constate à l’heure actuelle que les difficultés que présente l’utilisation des TIC ont des implications sociales liées à l’exercice de la citoyenneté.

Tout à fait. À l’heure où les services de l’administration publique sont accessibles sur Internet et où le droit de vote commence à s’exercer électroniquement, nombreux sont ceux qui ne savent pas se servir du courrier électronique ou qui n’osent pas remplir leur déclaration d’impôts sur Internet. C’est pourquoi nous voulons aider les associations qui travaillent sur le terrain à développer une approche critique d’appropriation et de compréhension des nouvelles technologies. L’âge, ici, est important, car, pour les enfants, l’ordinateur, c’est facile : ils n’ont pas besoin de consulter le manuel d’instructions pour l’utiliser. Il s’agit davantage d’aider les adultes, notamment ceux qui ont plus de 40 ou 50 ans.

Quelles actions concrètes proposez-vous pour accroître la culture numérique ?

Nous proposons des mesures simples. Nous allons apporter notre soutien aux associations et aux réseaux qui travaillent dans ce domaine. Nous souhaitons, par exemple, diffuser les résultats des recherches sur l’interface homme/machine, qui fournissent beaucoup d’informations sur ce genre de sujets. Nous allons aussi nous concentrer tout particulièrement sur la formation des adultes, qui, en raison de leur âge, n’ont pas eu accès à l’utilisation des technologies.

Il reste une dernière ligne d’actions qui implique des mesures transversales.

Il s’agit d’informer, de coordonner, de diffuser et de relier. Nous voulons faire circuler l’information et les moyens mis à disposition des différents acteurs. L’interopérabilité est également un point que nous souhaitons développer. Afin de créer un terrain favorable à l’investissement, il faut disposer de règles et de normes. Les entreprises doivent être convaincues qu’un produit concret sera compatible avec tous les ordinateurs ou pourra être utilisé dans d’autres pays. Ces normes doivent donner aux petites et moyennes entreprises la garantie que si elles développent des applications, celles-ci pourront accéder au marché. Il faudrait, par exemple, avancer sur le thème des métadonnées, qui sont des « étiquettes », des labels de classification permettant de rechercher du matériel. Nous pouvons faire des progrès dans ce domaine avec des mesures à la fois bon marché et significatives sur le plan politique.

Diffuser l’information est l’un des principaux objectifs de ce portail.

L’Internet est le moyen de communication par excellence de la société de l’information. C’est la raison pour laquelle nous pensons que le portail elearningeuropa est le meilleur instrument que nous pouvons mettre à disposition de tous ceux qui cherchent à moderniser et à améliorer l’éducation, pour qu’ils puissent accéder facilement aux informations et débattre de leurs idées et de leurs expériences.
Pour plus d'information, voir l'article: Un programme pour l'intégration efficace des technologies de l'information et de la communication (TIC) dans les systèmes d'éducation et de formation en Europe (2004 – 2006).

Position commune adoptée par le Conseil, en vue d'adopter le Programme eLearning.

Pour plus d'information, voir l'article: Un programme pour l'intégration efficace des technologies de l'information et de la communication (TIC) dans les systèmes d'éducation et de formation en Europe (2004 ?? 2006). Position commune adoptée par le Conseil, en vue d'adopter le Programme eLearning.

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